Témoignage TRES INTERESSANT d'un assistant d'education

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Témoignage TRES INTERESSANT d'un assistant d'education

Message par Admin le Dim 16 Mar - 14:06

http://www.hns-info.net/article.php3?id_article=7585

Le poste d’assistant d’éducation est réellement très précaire

Incident du vendredi 16 décembre 2005 au collège Truffaut situé à Strasbourg-Hautepierre
LES FAITS
Je m’appelle Nicolas THOMAS, j’étais assistant d’éducation au collège Truffaut de Strasbourg-Hautepierre depuis début octobre 2005. J’ai été embauché à mi-temps pour une période de 3 ans avec 3 mois de période d’essai. Celle-ci devait prendre fin le 2 janvier.

Seulement, la principale en a décidé autrement puisqu’elle a décidé de mettre fin à mon contrat le 24 décembre 2005. Le vendredi 16 décembre, accompagné du seul CPE au courant et consulté (les deux autres ne l’ont pas été), elle m’a signifié mon renvoi au cours d’un bref entretien. Comme le veut l’usage, j’avais demandé à une collègue de m’accompagner. Le CPE comme la principale ont refusé la présence du moindre témoin.

Au cours de la conversation, ils m’ont expliqué que ma trop grande proximité avec les élèves posait problème, qu’elle était due au fait que j’habite le quartier (ce point avait d’ailleurs été un problème lors de l’entretien d’embauche), qu’on n’était pas au collège pour discuter, qu’il fallait être ferme.
Certes, ils ont reconnu qu’ils ne m’avaient jamais fait le moindre reproche jusqu’à présent mais que c’était parce qu’ils prenaient le temps de réfléchir...

J’assume parfaitement le fait d’avoir cherché à créer et maintenir une certaine proximité avec les élèves. J’estime qu’il appartient aux assistants d’éducation d’être en mesure d’entretenir des rapports différents avec les élèves de manière à pouvoir tenir la position de médiation qui a été clairement assignée à ce poste par l’administration centrale. Ces trois mois d’expérience m’ont en effet montré qu’une telle relation est indispensable pour tenir à ce poste, se faire respecter des élèves, maintenir l’ordre et pourvoir y survivre personnellement. Mais ces trois mois d’expérience m’ont aussi montré que la principale et deux CPE ont une toute autre conception de l’éducation des élèves dont ils ont la charge : discipline de fer et moralisatrice aussi inadaptée qu’impossible à faire respecter par les élèves, violence verbale (cris...) et symbolique (humiliation), répression comme base de formulation des échanges enfants-adultes, exclusion du collège comme sanction régulière, surveillance morale constante des enfants et des familles à l’intérieur comme à l’extérieur du collège, etc. Je ne peux m’étendre ici, mais j’ai des exemples très précis de chacune de ces méthodes.

Personnellement, j’ai été choqué par les conditions de l’entretien et ce que l’on m’a reproché. A aucun moment, je n’ai failli à ma mission. Les élèves me respectaient et m’obéissaient très bien. Hormis au cours de cet entretien à la toute fin de ma période d’essai, aucune remarque quant à la façon de gérer mes fonctions ne m’avait été faite. C’est pourquoi, en sortant de l’entretien, j’ai décidé de saluer les élèves, de les remercier (pour une fois que quelqu’un les remercie !) pour les mois agréables que nous avions passé ensemble au collège et de les prévenir verbalement et par tract de ce qui se passait et ce notamment pour que, ne me voyant pas à la rentée, ils ne pensent pas que je les avais abandonnés.

Mise au courant de ma démarche, la principale appelle la police qui arrive alors que, sur les conseils de la principale (et alors que mon contrat était encore valable une semaine), je suis déjà sorti de l’établissement. Dès lors, les élèves, choqués en voyant que la principale a appelé la police contre moi, se manifestent et font du chahut.

Cette fois-ci, fidèle à sa méthode, la principale fait venir les CRS qui ont été manifestement mal renseignés et qui décident de m’emmener sous le motif d’intrusion scolaire alors que le collège est mon lieu de travail ! Il va sans dire que ça n’arrange pas les choses vis-à-vis des élèves qui en sont réduits à commettre des dégradations (caillassage des CRS, bris de glaces...)

Je me retrouve ensuite au commissariat du quartier où le capitaine reçoit de sa hiérarchie l’information disant que, selon un texte de 1935, il faut demander une autorisation pour distribuer des tracts sur son lieu de travail. Il me transmet l’information et me fait part du fait qu’il a ordre de me libérer.

Depuis, les élèves comme beaucoup de parents me font part de leur soutien et de leur souhait de me voir réintégré. En ce sens, une pétition rassemble déjà environ 400 signatures de familles du quartier.

Mardi 3 janvier au collège, la première heure de cours est consacrée à tenter de convaincre les élèves que je suis en faute sans avancer la moindre preuve. À cet effet, les professeurs reçoivent des instructions écrites de la principale leur indiquant la voie à suivre.

Comme les élèves sont loin d’être convaincus, ces séances se reproduisent fréquemment toute la semaine.

Vendredi 6 janvier 2006, je suis informé par le même capitaine de police que Mme la principale du collège a porté plainte contre moi pour « dénonciation calomnieuse ». Mardi 10 janvier 2006, une réunion à laquelle sont conviés des parents d’élèves (à ce que je sais) est prévue au collège pour que la direction puisse asséner sa vision des choses en mon absence.

Pendant ce temps, la troisième CPE, isolée depuis longtemps au sein du collège car opposée aux méthodes violentes et répressives de la principale, est mutée. Une assistante d’éducation qui a pris ses fonctions à la rentrée de janvier 06 démissionne après une seule journée de travail.

Des irrégularités sont constatées : pas de gradation des sanctions, le règlement intérieur est caduc, on continue de donner des punitions illégales, certains élèves sont marqués absents alors qu’ils sont présents dans le but de faire pression sur eux et de leur nuire....

Une logique révélatrice des dysfonctionnements de l’école en milieu populaire
Certes mes presque 500€ mensuels pour 17h45/semaine vont me manquer, mais il me semble plus important de noter que mon renvoi n’est que le révélateur d’un malaise général touchant une institution malade.

Toute cette affaire révèle en effet au-delà de mon cas personnel les dérives qui caractérisent l’institution scolaire dans les quartiers populaires. Alors que les élèves se caractérisent par une très grande diversité culturelle et des conditions de vie objectivement très difficile (précarité économique des familles, parents et enfants, échec et difficulté d’insertion scolaire), l’institution scolaire s’enferme dans une logique de dressage et d’encadrement sécuritaire des enfants, particulièrement violente et humiliante : interpellations verbales constantes, cris et hurlements comme mode de communication, humiliations régulières (appréciations, notes, présentation des carnets sur les grilles de l’établissement en entrant et en sortant, etc. ).

Ce glissement idéologique et institutionnel s’accompagne de la précarisation accélérée des personnels non enseignants, peu organisés sur le plan syndical et peu soutenus par le personnel titulaire ou les syndicats enseignants. Alors que ces mêmes personnels enseignants bénéficient en ZEP d’un statut aménagé lié, et c’est normal, à des conditions professionnelles plus difficiles (moins d’heures de cours, indemnités compensatrices), les assistants d’éducations assument des mi-temps payés à peine 500 Euros par mois ou, plus souvent encore, des plein-temps de 35 heures payés 1000 Euros par mois. Pourtant, les conditions de travail et d’encadrement sont tout autant, voire plus difficiles que pour les activités d’enseignements. Non seulement, les encadrants ne peuvent pas virer les élèves les plus turbulents (ce que font régulièrement les professeurs), mais en plus, ils doivent gérer ces enfants au quotidien en tâchant de ne pas perdre leur sang-froid.

A tout cela s’ajoute des périodes d’essai et une complète dépendance des assistants vis-à-vis du ou de la Principale, à la fois directrice et fonctionnaire elle-même. Pour les assistants d’éducation, le fait de dépendre au niveau administratif de la principale plutôt que du rectorat (comme c’est le cas des surveillants), les force à appliquer tous les ordres de la direction même s’ils sont illégaux. Or cette illégalité est fréquente. Au collège Truffaut, les ordres sont pris en fonction d’un règlement précisément illégal.

La précarité est ainsi et à l’école de plus en plus grande, mon statut en est d’ailleurs un exemple flagrant, alors que peu de personnes sont prêtes à consacrer du temps à l’éducation des enfants dits « à problème ». Face à cela, les élèves, qui subissent des injustices et plus généralement, qui ne sont pas considérés comme des citoyens ne peuvent que s’exprimer de manière violente et peu constructive. Or, la seule manière d’en finir avec cette violence est de rompre avec cette logique, de respecter enfin les élèves pour que les adultes soient respectés en retour. Il est grand temps de changer de logique pour que l’école puisse être un lieu d’échange de savoir.

Pour sauver l’école, pour sauver les enfants, il est temps de réagir !!

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